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Jérémy Ridel et la compagnie FullFrontalTheatre

  • D' AVRIL 2019 A FEVRIER 2020

Principes de la recherche

" Nous avons entamé une démarche de recherche ayant pour but le développement d’une esthétique de jeu. Cette esthétique, nous en dessinons les contours au sein de FFT depuis quelques années et à travers les créations qui ont jalonné notre parcours.
Nous travaillons sur des thématiques liées aux violences sociales, aux phénomènes de dominations et aux stratégies d’émancipation. Nous le faisons à travers des narrations qui nous permettent de démêler la complexité de ces expériences (de la construction des comportements à la lente érosion de l’ego). Nous souhaitons dessiner ce que nous appelons une géographie comportementale des violences sociales, de la manière dont elles nous façonnent aux renoncements qu’elles induisent.

Pour représenter ces principes dramaturgiques nous cherchons à développer un jeu dont l’esthétique formelle permet une distance suffisante au dessin de ces comportements (qui permet de montrer concrètement, étapes par étapes, les liens de causalité entre violences subies et comportements). Nous cherchons aussi à faire de cette esthétique un outil narratif puissant permettant de raconter des situations, des espaces et des parcours divers.

Nous nous sommes très vite rendus à l’évidence que le développement de cette esthétique nécessitait une réflexion constante sur ses formes et ses principes, ainsi qu’une pratique assidue nous permettant d’en explorer les contours.

Pour construire un jeu permettant de dessiner des géographie d’êtres humains, nous avons dans notre parcours rapidement choisi un jeu radicalement frontal. A travers notre travail sur la frontalité, s’est rapidement fait sentir le besoin de réduction du jeu. Si nous devions jouer avec des principes de monstration des acteurs, alors réduire le champs du visible pour mieux contrôler le regard du spectateur devenait indispensable. La parole, enfin, devait être précise, incisive et intimement lié à l’action, à l’impact. Elle devait se libérer de toute injonction poétique.
Nous avons donc construit notre projet de recherche autour de ces principes Frontalité, Réduction et Débit."

Jérémy Ridel

Perspectives de Recherche et projet 2019

Après avoir exploré les questions de porosité et de causalité qui nous ont amené à repenser entièrement notre rapport à l’esthétique de la frontalité que nous utilisons lors de création. Nous lançons un chantier de recherche autour de la parole et du rythme. Il s’agit d’une de nos intuitions que nous n’avons pas pu travailler en profondeur durant nos précédentes périodes de recherche (en 17/18 au Carreau du Temple).
Dans un premier temps, il s’agit de réfléchir à la manière dont le rythme du débit et l’utilisation de silence non-réaliste, peuvent donner à entendre le rythme de pensée d’un personnage (les chocs, les fulgurances, les contre-attaque, ...). C’est-à-dire de réfléchir à la manière dont un rythme particulier du débit peut nous permettre de donner à entendre la nature balistique de la parole. Notre but est d’utiliser une gestion particulière du rythme (faite d'accélération et de silence, très organique, mais refusant un rythme naturaliste) pour donner à entendre la manière dont la parole d’un personnage est partie intégrante des stratégie qu'il développe dans la narration.
Le second champ de recherche que nous souhaitons ouvrir a aussi dû être mis de côté lors de notre première tentative. Quand il est question de frontalité, l’enjeu du mouvement devient central. L’esthétique que nous défendons présente l’immobilité comme une monstration, une constriction permettant au spectateur de scruter les signes volontaires ou échappés des personnages. Mais les histoires de théâtres sont faites de mouvement, de rencontres, de corps, d’entrées et de sorties, d’éloignement, de combat.
Nous avons donc pour but de travailler sur ce point. Nous souhaitons nous inspirer de travaux existants sur des tentatives non-réalistes mais narratives de mouvements. Nous travaillerons sur les écrits de Meyerhold, de Laban, mais aussi des travaux de Susan Kennedy. A chaque fois nous nous intéresserons à la manière dont le mouvement peut trouver son impulsion d’une manière très organique et prendre une valeur très formelle au plateau.
Nous souhaitons explorer ces éléments et les manières de les modéliser, de les utiliser dans les créations en cours de la compagnie. Car il s’agit pour nous, à la fois de penser la manière dont ces recherches peuvent faire évoluer notre démarche, mais aussi de penser comment elles peuvent concrètement être utilisées au plateau lors de nos créations.

Équipe

Porteur de Projet : Jérémy Ridel
Collaboration Artistique : Chloé Lavalette et Fanny Garin
Participants : Charlotte Berthemet Fanny Garin, Pierre Koestel, Chloé Lavalette, Daniel Monino, Angèle Peyrade, Laure Prioul, Antoine Prud’homme de la Boussinière et Simon Rembado
Administration : Camille Fabre et Habib Khayat

Metteur en scène / Directeur artistique FFT
Il se forme à l’Institut d’Études Théâtrales de la Sorbonne Nouvelle et au Conservatoire du centre et du onzième arrondissement de Paris. Il met en scène Angélique de Jacques Ibert ainsi que Roméo et Juliette de William Shakespeare. il suit par ailleurs l’Atelier du Lundi dirigé par Claude Duparfait au Théâtre National de la Colline.
Il met en scène le Legs de Marivaux en 2011, repris en 2012 au Festival Théâtre en Liberté. il poursuit son travail de création avec l’Épreuve et la Fausse Suivante du même auteur en 2013 et 2014. Il créé par la suite deux versions d'Electre, La Ménagerie (d'après la Ménagerie de verre de Tennessee Williams), Combien sont-ils (d'après le Bouc de R.W. Fassbinder) et Médée de Corneille. La Fausse Suivante a été jouée au Théâtre de Vanves dans le cadre du Festival Préliminaire #2 et au 104 dans le cadre du Festival Impatience.
Il travail comme intervenant artistique auprès du Théâtre national de la Colline dans le cadre du projet Éducation et Proximité et est Lauréat du Programme Internationales Forum 2016 du Theatertreffen de Berlin.
En 2017 il créé Casimir et Caroline au Théâtre de Vanves, puis Metamorphosis pour la Ruhrtriennale 2017 (Coproduction de la Ruhrtriennale et du Ringlokschuppen Mülheim). Il mène sur la saison 2017-2018 un projet de laboratoire de jeu en partenariat avec le Carreau du Temple. Il crée en mai 2018 Julie (d’après Mademoiselle Julie de Strindberg) au Théâtre de Vanves

Fanny Garin est autrice et dramaturge, formée à l’université Paris III en études théâtrales et littérature, et au conservatoire de Bobigny (art dramatique), après avoir été interprète et metteuse en scène plusieurs années. Elle est, pour la saison 2018-2019, dramaturge sur Mademoiselle Julie de Strindberg, mis en scène par Jérémy Ridel (FFT). En 2018-2019 également, sa pièce Fleuve Niger ou de sang est à l’origine d’un travail à l’espace 600 (Villeneuve), mené par la directrice du lieu Anne Courel (compagnie Ariadne). Ce texte a par ailleurs été sélectionné en 2017 par le GRATT ensemble pour son marathon scénique et réalisé, en 2018, sous la forme d’une sieste acoustique, par Béatrice Bienville (Agora de Nanterre). A côté de son écriture théâtrale, elle écrit romans et poésie. Elle a co-fondé et dirige avec Julia Lepère la revue de poésie Territoires Sauriens - attention crocos. Elle est publiée dans plusieurs revues, principalement poétiques et littéraires (Remue.net, Catastrophes, Hors-sol, Terre à ciel, Revu la revue, etc.)

Formée à l’Ecole Normale Supérieure et au sein du Laboratoire de formation au théâtre physique, Chloé Lavalette collabore régulièrement avec Jérémy Ridel au sein de la compagnie FullFrontalTheatre en tant que comédienne et dramaturge. Actuellement doctorante en Études Théâtrales au sein du programme SACRe (Sciences Arts Création Recherche) elle réalise une thèse sur la nudité sur les scènes théâtrale et chorégraphique contemporaines. En marge de ses travaux académiques, elle développe "Crap, crap, crap...", un projet de recyclage des déchets de sa thèse par la performance en résidence à la Briqueterie et à la Gaîté Lyrique à l’automne 2018.