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Jérémy Ridel

LABORATOIRES 2019 / FullFrontalTheatre

  • AVRIL 2019

Principes de la recherche

" Nous avons entamé une démarche de recherche ayant pour but le développement d’une esthétique de jeu. Cette esthétique, nous dessinons les contours au sein de FFT depuis quelques années et à travers les créations qui ont jalonné notre parcours.
Nous travaillons au sein de la compagnie FFT, sur des thématiques lié aux violences sociales, aux phénomènes de dominations et aux stratégies d’émancipation. Nous le faisons à travers des narrations qui nous permettent de démêler la complexité de ces expériences (de la construction des comportements à la lente érosion de l’ego). Nous souhaitons dessiner ce que nous appelons une géographie comportementale des violences sociales, de la manière dont elles nous façonnent aux renoncements qu’elles induisent.
Pour représenter ces principes dramaturgiques nous cherchons à développer un jeu dont l’esthétique formelle permet une distance suffisante au dessin de ces comportements (qui permet de montrer concrètement, étapes par étapes, les liens de causalité entre violences subies et comportements). Nous cherchons aussi à faire de cette esthétique un outil narratif puissant permettant de raconter des situations, des espaces et des parcours divers.
Nous nous sommes très vite rendu à l’évidence que le développement de cette esthétique nécessiterait une réflexion constante sur ses formes et ses principes, ainsi qu’une pratique assidu nous permettant d’en explorer les contours.
Il nous a aussi paru évident que les problématiques liées à la production théâtrales rencontrées par des compagnies en cours d’émergence, rendaient cette exploration difficile. Nous souhaitions trouver l’espace qui nous permettrait de d’élaborer ces principes de jeu durant un temps distinct de celui de nos créations. Nous avons donc lancé ce temps de recherche la saison dernière en partenariat avec le Carreau du Temple. Il s’agissait de quatre semaines de recherche étalées entre octobre 2017 et février 2018.
Pour construire un jeu permettant de dessiner des géographie d’êtres humains, nous avons dans notre parcours rapidement choisi un jeu radicalement frontal. A travers notre travail sur la frontalité, s’est rapidement fait sentir le besoin de réduction du jeu. Si nous devions jouer avec des principes de monstration des acteurs, alors réduire le champs du visible pour mieux contrôler le regard du spectateur devenait indispensable. La parole, enfin, devait être précise, incisive et intimement lié à l’action, à l’impact. Elle devait se libérer de toute injonction poétique.
Nous avons donc construit notre projet de recherche autour de ces principes Frontalité, Réduction et Débit."

Perspectives de Recherche et projet 2019

Après avoir exploré les questions de porosité et de causalité qui nous ont amené à repenser entièrement notre rapport à l’esthétique de la frontalité que nous utilisons lors de création. Nous souhaitons aujourd’hui lancer un chantier de recherche autour de la parole et du rythme. Il s’agissait d’une de nos intuitions que nous n’avons pas pu travailler en profondeur durant notre recherche 17/18.
Nous souhaitons donc dans un premier temps continuer notre recherche sur cette partie de jeu que nous avons dû d’abord mettre de côté. Il s’agit de réfléchir à la manière dont le rythme du débit et l’utilisation de silence non-réaliste, peuvent donner à entendre le rythme de pensée d’un personnage (les chocs, les fulgurances, les contre-attaque, ...). C’est-à-dire de réfléchir à la manière dont un rythme particulier du débit peut nous permettre de donner à entendre la nature balistique de la parole. Notre but est d’utiliser une gestion particulière du rythme (faite d'accélération et de silence, très organique, mais refusant un rythme naturaliste) pour donner à entendre la manière dont la parole d’un personnage est partie intégrante des stratégie qu'il développe dans la narration.
Le second champ de recherche que nous souhaitons ouvrir a aussi dû être mis de côté lors de notre première tentative. Quand il est question de frontalité, l’enjeu du mouvement devient central. L’esthétique que nous défendons présente l’immobilité comme une monstration, une constriction permettant au spectateur de scruter les signes volontaires ou échappés des personnages. Maisleshistoiresdethéâtressontfaitesdemouvement,derencontresdecorps, d’entrée et de sortie, d’éloignement, de combat.
Nous avons donc pour but de travailler sur ce point. Nous souhaitons nous inspirer de travaux existants sur des tentatives non-réalistes mais narrative de mouvements. Nous travaillerons sur les écrits de Meyerhold, de Laban, mais aussi des travaux de Susan Kennedy. A chaque fois nous nous intéresserons à la manière dont le mouvement peut trouver son impulsion d’une manière très organique et prendre une valeur très formelle au plateau.
Nous souhaitons donc reprendre notre travail de recherche sur l’année 2019, afin d’explorer ces éléments et les manières de les modéliser et de les utiliser dans les créations en cours de la compagnie. Car il s’agit pour nous, à la fois de penser la manière dont ces recherches peuvent faire évoluer notre démarche, mais aussi de penser comment elles peuvent concrètement être utilisées au plateau lors de nos créations.
Pour cela nous cherchons un lieu pouvant nous accueillir plusieurs fois dans l’année 2019 sur de courtes périodes de deux à trois jours. Après notre expérience au Carreau du Temple, il nous a paru intéressant de tenter une approche différente. Nous souhaitons en effet pouvoir travailler sur de plus courte période afin d’éprouver différemment nos intuitions et de nous concentrer sur des éléments plus précis.

Équipe

Porteur de Projet : Jérémy Ridel
Collaboration Artistique : Chloé Lavalette et Fanny Garin
Participants : Charlotte Berthemet Fanny Garin, Pierre Koestel, Chloé Lavalette, Daniel Monino, Angèle Peyrade, Laure Prioul, Antoine Prud’homme de la Boussinière et Simon Rembado
Administration : Camille Fabre et Habib Khayat