studio-théâtre
vitry


STAGE N°8 - Laurent Charpentier

La Bouche et le Choeur

  • LE SAMEDI 14 DÉCEMBRE DE 10H À 18H
  • LE DIMANCHE 15 DÉCEMBRE DE 10H À 18H

© Etienne Guiol

Stage dirigé par Laurent Charpentier sur la parole chorale autour de la création La Bouche pleine de terre de Branimir Sčepanovič, mise en scène de Julia Vidit.

La mise en scène de La Bouche pleine de terre de l’écrivain d’ex-Yougoslavie Branimir Sčepanovič nous offre l’occasion de nous interroger sur l’adaptation à la scène d’un récit a priori irreprésentable au théâtre. Cette œuvre pleine de terre, de couleurs, de cris et de murmures est l’histoire d’une chasse à l’homme.
Cette œuvre littéraire énigmatique est structurée comme l’escalier hélicoïdal du château de Chambord conçu par Léonard de Vinci, qui, grâce à deux vis imbriquées, permettent à deux personnes qui l’empruntent en même temps de ne jamais se croiser. La page orchestrée par Sčepanovič est une première scénographie, graphique: l’alternance de paragraphes en caractères italiques et romains déroutent le continuum tranquille de la lecture.
Deux vis, donc, et deux écritures :

l’une dit «il », elle est épique, et décrit un homme seul et condamné ;
l’autre dit « je » et plus souvent « nous », elle est plus dramatique, et désigne deux pêcheurs de la forêt, rejoints par une foule immense, qui est le monde.

Ce long champ / contre-champ (rappelons que Sčepanovič est aussi scénariste de cinéma) nous plonge d’emblée dans un dialogue entre les vivants et les morts. Ni tout à fait un conte, ni une parabole, La Bouche pleine de terre propose à quiconque l’écoute, une expérience déterminante, comme d’autres de ces petits livres de chevet (La Faim de Knut Hamsun ou La Métamorphose de Kafka) dont on ne sort pas indemne.
Julia Vidit cherche à créer un dispositif de sons, de boucles, d’images et de reflets, pour représenter les mouvements et la dynamique d’une masse, dans lequel une actrice prend en charge le « il », un acteur prend en charge le « nous ».
Et si le stage au Studio Théâtre de Vitry, les 14 et 15 décembre, nous donnait une chance d’appréhender la mise en bouche chorale de ce texte ? Comment une petite communauté de vivants aujourd’hui se redirait, se réciterait, se répartirait, le souvenir de cette journée d’août dans une forêt des Balkans, qui raconte à elle seule l’Histoire de la haine ? Quelle responsabilité collective et individuelle retiendrait-elle ? Et sous quelle forme ? Une cérémonie cathartique ? Un rituel initiatique ? Un mystère laïc ? Un lamento ? Un long chant / contre-chant ? Un procès ? Une reconstitution? Ce sont toutes ces potentialités d’un ensemble face au récit - parlant essentiellement des rapports du groupe et de la solitude - qui seront l’objet de notre travail au plateau. Un travail sur la parole chorale, les rythmes et mouvements d’ensemble, d’où surgit, comme à la naissance de la tragédie grecque, le protagoniste : ce héros qui prend la parole en son nom propre.
Cet homme du Monténégro, ce « il », qui surgit du chœur des vivants, révèle l’expérience de sa mort, conçue comme dit Camus du geste du suicide « dans le silence de son cœur au même titre qu’une grande œuvre ». Comment retrouver les mots pour dire ce silence ? Et l’espace pour que sonne ce silence peut-il être l’espace de la scène?
Trois souvenirs et/ou hantises, nourrissent cette réflexion : la scène de Farenheit 451 de Truffaut où un chœur de lecteurs se réunit dans une forêt pour mémoriser les livres avant qu’ils ne soient détruits. Les derniers mots d’Œdipe - dans Œdipe à Colone de Sophocle - qui va mourir dans l’allégresse et dans un lieu tenu secret. Et les dernières lignes du journal de Cesare Pavese, qui se donne la mort à Turin le 27 août 1950 : « Plus de paroles, un geste. Je n’écrirai plus. »

Inscriptions avant le 15/11/2019

Les stages sont gratuits et ont lieu au Studio-Théâtre de Vitry.
Il est indispensable de s'y inscrire car ils sont limités à seize participant.e.s.
Afin d'y participer, merci d'envoyer quelques lignes de motivation, vos coordonnées et votre parcours à contact@studiotheatre.fr
RÉPONSE LE 20/11/2019

Laurent Charpentier

En 2000, il se forme comme acteur au Conservatoire National Supérieur Art Dramatique dans les classes de Dominique Valadié, Catherine Hiegel, François Regnault. Il travaille auprès des metteur.e.s en scène Bernard Sobel, Alain Françon, Lukas Hemleb, Brigitte Jaques-Wajeman, Emmanuel Demarcy-Mota, Jeanne Champagne, Caterina Gozzi, Frédéric Maragnani, Sandrine Lanno, Matthieu Roy, Emilie Rousset, Jonathan Châtel, Thibault Rossigneux...
Il noue une relation privilégiée avec l'écrivain Philippe Minyana dont il crée plusieurs pièces, le solo J'ai remonté la rue et j'ai croisé les fantômes qui lui est dédié ainsi que Sous les arbres et De l'amour au Théâtre de la Ville-Les Abbesses, et 21 rue des Sources au Théâtre du Rond Point en novembre 2019.
Il joue également dans des pièces d'autres auteur.e.s contemporain.e.s : Dimitris Dimitriadis, Howard Barker, Frédéric Sonntag, Jean-Marie Besset, Sonia Chiambretto... Et dans la mise en scène de Julia Vidit, il crée la pièce d'Ivan Viripaev : Illusions.
Avec Mirabelle Rousseau (le TOC), il crée des formes de poésie sonore d’après Christophe Tarkos et Raymond Roussel et les expériences d'écrivains et scientifiques face au spiristisme : Les Tables Tournantes (Théâtre d'Ivry 2018). Il tourne au cinéma et à la télévision avec Philippe Garrel, Nicolas Klotz, Caroline Deruas, Bernard Stora, Renaud Bertrand. Il enregistre nombre de dramatiques pour Radio France et d'audio livres pour Sixtrid Éditions. Laurent Charpentier est par ailleurs professeur d'interprétation et d'enseignement spécialisé sur le vers au Cours Florent.