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Alors Carcasse est un texte écrit en 2011 par Mariette Navarro, édité dans la collection Grands Fonds de Cheyne Editeur, il a reçu le prix Robert Walser en 2012.
Alors Carcasse est un poème en prose de 63 strophes, réparties en trois parties :
Partie 1-24 strophes // Partie 2-6 strophes // Partie 3-23 strophes
En tout, 64 pages dont une blanche.
Alors Carcasse est un poème dans lequel le nom du personnage apparaît trois cent une fois (301) faisant de Carcasse le personnage central incontesté. Mais “Plusieurs aussi sont là”.

D’ailleurs, Alors Carcasse commence ainsi :

« Plusieurs aussi sont là, au beau milieu de leur époque, mais Carcasse particulièrement est au seuil, caresse du pied le seuil et se tient là, avec au visage une impression d’absence qui cloche beaucoup avec le reste. C’est que Carcasse est quelque part, mais c’est partout ailleurs, et sous bien d’autres formes. Tout le temps de préférence ailleurs, Carcasse, et ça cloche. Le présent s’enfuit de Carcasse comme un vulgaire liquide, ou plutôt coule à travers Carcasse, ça rentre par une oreille, ça ressort par l’autre, et la bouche dans l’histoire est bien la seule à rester close. Tiens c’est période de reflux se dit Carcasse, sentant bien le présent se dérober de préférence à travers son corps comme s’il n’y avait qu’un chemin, tiens c’est marée fuyante et marée dérapante, mais moi au bord de mon époque on attend de moi quelque chose je me trompe ? »
(Extrait ALORS CARCASSE, Mariette Navarro, 2011, Cheyne éditeur, collection Grands Fonds)

Définition

Une carcasse est la charpente osseuse d’un animal, son squelette. Par extension et de manière familière, carcasse se dit du corps humain, de la personne elle-même. On dit “traîner sa carcasse”. Une carcasse c’est aussi ce qui forme, la charpente, l’armature de quelque chose, d’un objet, d’un véhicule, etc.
(definition > dictionnaire Le larousse)

Représenter sans incarner

Le désir de monter Alors Carcasse prend sa source à plusieurs endroits:

D’abord, comme souvent, c’est la rencontre avec une langue, une littérature singulière, déployée avec radicalité et douceur par Mariette Navarro.
Cette découverte m’a ramenée à mes premières amours de poésie. Celles-ci qui m’avaient conduite en 2004 à monter le recueil d’une autre poétesse, Valérie Rouzeau, intitulé Va où .
Cette expérience fondatrice m’avait passionnée car le poème porte avec lui une question fondamentale de la représentation qui est celle de l’incarnation. Faut-il incarner le poème, et comment? Le poème nous oblige à chercher ailleurs, à sortir du cadre, à inventer d’autres manières de représenter, à se déplacer.

D’ailleurs, Carcasse n’est pas “un personage”, c’est plutot une figure, un corps fictif, un être symbolique, et il serait vain de vouloir l’incarner. Ce corps fictif est également une belle ouverture vers la marionette, et ce d’autant plus qu’aux cotés de Carcasse siègent “Plusieurs”, autre corps immatériel, tout comme des marionnettistes autour d’une marionette.

Résister aux cadres

Ensuite vient la fascination pour son personage central, héros immobile, posant le plus simple et le plus puissant des actes : s’arrêter, dire non. Refuser de continuer à participer au flux, tenter de se construire hors du regard des autres, hors du cadre. C’est cette notion de cadre que j’aborderai en priorité dans ce travail. Quel rapport entretenons-nous avec le cadre? Avec tous les cadres...?
En matérialisant une série de tiges en bois, je chercherai avec les acteurs à nourrir cette relation de l’homme avec le cadre. Et toutes ces tiges de bois manipulés, formeraient une grande Carcasse, qui serait autant un personnage qu’une montagne, une grande marionnette, qu’un décor, un sentiment, une vision intérieure, une image fugace de Carcasse.

Continuer

Une autre qualité du texte de Mariette, qui est pour moi une forme de résistance, c’est la grande continuité du poème. Comme un long plan fixe, qui permettrait au spectateur de devenir attentif aux moindres détails, une resistance à l’ère du fragment et du surmontage.
A la manière de certaines oeuvres de Chantal Ackerman, prendre le temps de la continuité, de la séquence longue, qui rende au présent son intensité.

Partager la voix

Alors Carcasse sera pris en charge de manière polyphonique par 5 ou 6 acteurs, marionettistes et danseurs. Ils traverseront le poème, et chercheront, à la manière des récitants du théâtre de marionette japonais à faire résonner l’image sans incarner, ou seulement de manière fugace.
J’entends plusieurs voix autour de Carcasse, qui font et défont, qui tiennent et lâchent, qui font communauté pour, communauté contre, qui sont “Carcasse”, qui sont “Plusieurs”, qui n’incarnent pas, qui laissent la parole libre.